Page traduite et adaptée de "Antarctic Philately" (Gary Pierson)
Jules-Sébastien-César Dumont d'Urville

Le 20 Janvier 1840 le capitaine Dumont d'Urville explorait les mêmes eaux que l'Exploring Expedition américaine (USEE) quand, lui et son équipage aperçurent une terre environ cent milles à l'ouest de la position où elle avait été reportée par le commandant Wilkes de l'USEE quatre jours plus tôt (ndt: on s'accorde à penser que le Cdt Wilkes avait "cru" voir une terre, car ce jour là il était beaucoup plus à l'Est que Dumont d'Urville et la terre se trouvait en fait, pour lui 300 nautiques plus au Sud)

Le 22 Janvier 1840, une petite équipe débarqua sur un petit îlot rocheux près d'une falaise de glace et planta le drapeau français, manifestant par là la prise de possession de la région. La revendication s'étend sur environ 200 km entre le 137ème et le 142ème Est, en suivant les méridiens jusqu'au Pôle Sud.
 
Au cours de ce voyage de circumnavigation, l'expédition navale française de 1837-1840, commandée par Dumont d'Urville sur l'Astrolabe et Jacquinot sur la Zélée visita les îles Orkney du Sud, les îles Shetland du Sud, la côte Nord-ouest de la pénisule de Trinity, le Canal d'Orléans et l'île Joinville.
Nous vous présentons l'histoire de ce navigateur, vous trouverez sur une autre page l'histoire de la corvette l'Astrolabe (traduite d'après Erik Philippus) 




Jules-Sébastien-César Dumont d'Urville est né le 23 Mai 1790, à Condé-sur-Noireau, dans le Calvados. A l'age de 17 ans il entre dans la Marine et en 1811 il sort major de sa promotion et atteint le grade d'Enseigne de Vaisseau trois ans plus tard. Il s'intéresse à beaucoup de choses et parle courament Anglais, Allemand, Espagnol, Grec, Italien et Hébreu. Il étudie l'Astronomie, la Géologie, l'Entomologie et la Botanique.

Fin 1819, d'Urville fait un voyage, à bord de la Chevrette, pour cartographier la Mer Noire et la Méditerranée Orientale. Durant des relevés de la mer Mirtéènne entre la Crète et Athènes, le navire est mouillé devant l'île de Milos. Au cours d'une conversation avec le représentant du consulat de France dans l'île, d'Urville apprend qu'une statue a été récemment découverte sur l'île. Il visite le site et, subjugué par la beauté du chef-d'oeuvre il écrit immédiatement au gouvernement, plaidant pour l'achat de la statue.
Les autorités gouvernementales répondent rapidement et lui demandent d'acheter la statue "à n'importe quel prix'. Elle est maintenant au Musée du Louvre à Paris: la Vénus de Milo. Le roi Charles X récompense Dumont d'Urville par la croix de Saint-Louis et il est promu Lieutenant de Vaisseau.
 

Découverte de la Vénus de Milo 
Statue de Dumont d'Urville à Condé-sur-Noireau (Calvados)
carte postale collection Broudin
 
En Aout 1822 nous trouvons d'Urville servant à bord de la Coquille en exploration hydrographique et botanique aux îles Gilbert et Caroline, Tahiti, aux îles Malouines (Falkland) et dans une partie ouest de l'Australie connue comme Nouvelle Hollande. Après 31 mois et 13 jours, l'expédition revient avec des nombreux relevés, cartes, croquis, spécimens et échantillons. A son retour, d'Urville soumet un projet pour des recherches plus avancées dans l'Océan Austral. Son projet, promettant de nouvelles découvertes et des progrès dans les techniques hydrographiques, rendant plus sûres les navigations dans des eaux étrangères, est approuvé en Décembre 1825. Le 22 Avril 1826, d'Urville appareille de Toulon sur l'Astrolabe (anciennement La Coquille), avec comme second Charles Hector JacquinotCe devait être la réussite de sa deuxième circumnavigation. Parmi les résultats on trouve la découverte des îles Fidji de Matuku et Toyota, une cartographie réussie des îles Loyauté, des relevés de la côte de Nouvelle Zélande et l'exploration des îles Tongas et des Moluques. Les rapports étaient si détaillés que, pour la première fois ces îles éparpillées purent être divisées en trois groupes principaux: Mélanésie, Polynésie et Micronésie. L'Astrolabe revenait en France le 25 Mars 1829. 

A son retour Dumont d'Urville fut accusé d'arrogance et de suffisance, de traiter durement son équipage et d'exagérer l'importance de ses découvertes. Que ce soit vrai ou faux, le fait est qu'il fut affecté à terre et privé de commandement durant les 7 années qui suivirent.

Finalement, début 1837, Dumont d'Urville soumet à la Marine un projet pour un autre voyage d'exploration dans les îles du Pacifique, cette fois en passant par le détroit de Magellan. Le roi Louis-Philippe était intéressé d'accroître la présence française dans les mers du sud; il était au fait des immenses réussites de l'Angleterre avec James Weddell en 1823 et des visées américaines en Antarctique, çe qui fait que la proposition fut acceptée. D''Urville ne demandait q'un navire, le Roi lui en donna deux: l'Astrolabe, avec 17 officiers et 85 hommes et la Zélée avec un équipage de 81. On lui donna mission de passer par le détroit de Magellan, vers les îles Pitcairn, les Fidjis et les Salomons. De là il devait croiser le long de la côte nord de Nouvelle Guinée, ensuite en Australie Occidentale, Tasmanie et Nouvelle Zélande. Mais, avant tout il devait se rendre aux Shetlands du Sud et ensuite aller aussi loin au Sud que les glaces le permettraient!
Des hommes furent sélectionnés pour ce voyage et une prime de 100 francs or fut promise si ils atteignaient le 75ème parallèle, ce qui était au delà du point le plus au Sud atteint par Weddell. Une prime suplémentaire de 20 francs était prévue pour chaque degré plus au Sud. Le 7 Septembre 1837 les deux bâtiments appareillaient de Toulon. A la fin du mois ils mouillaient à Ténérife dans les îles Canaries.
A partir du 7 Octobre d'Urville devait supprimer les permissions à terre du fait du trouble causé par l'intempérance de ses hommes. Gênés par les brumes de l'Atlantique, les navires étaient encore au Nord du Détroit de Magellan le 10 Décembre. Noël passa dans le détroit, pendant que les hommes pêchaient, chassaient les oies sauvages et préparaient les bâtiments à affronter les difficultés des mers australes. Le 8 Janvier 1838 les navires débouchaient du Détroit et cinglaient vers le Sud le long de la Terre de Feu. Quatre jours plus tard nous les trouvons dans une mer démontée, faisant cap Est-Sud-Est dans le brouillard givrant et la pluie. C'était peu avant que la première glace soit signalée et à partir du 31 Janvier d'Urville fut ammené à suivre la route de Weddell. Malheureusement, le temps rencontré par Wedell en 1823 était extraordinairement doux en comparaison avec le temps qu'eurent les navires de d'Urville en 1838. Pendant la nuit du 21 au 22 Janvier, d'Urville fut soudain réveillé par un équipage effrayé. En se précipitant sur le pont il trouvait devant lui un muraille basse de glace barrant l'horizon. Le 23 Janvier 1838, l'Hydrographe Clément Adrien Vincendon-Dumoulin fit le premier calcul de l'inclinaison magnétique. Il n'y avait pas d'alternative, ils se dirigèrent vers le Nord, et à partir du 24 Janvier il était évident qu'ils avaient été forcé si loin dans le Nord qu'il serait impossible de faire ce que Weddell avait réussi. Les navires mirent le cap sur les Orkneys du Sud pour un repos de quelques jours. Déprimé par son échec, souffrant de la goutte et de migraine, d'Urville était sceptique sur l'affirmation de Weddell d'avoir pénétré si loin au Sud. Pendant ce séjour aux Orkneys du Sud il écrit amèrement: "Rien au monde ne peu être plus triste et plus détestable que l'aspect de ces régions désolées". Le 2 Fevrier 1838 les navires faisaient à nouveau route au Sud, à la recherche de l'Antarctique. En moins de 48 heures ils tombèrent sur un autre champ de glace. Audacieusement d'Urville le longeait vers l'Ouest et entrait dans un échancrure de la glace, avec Jacquinot, sur la Zélée, suivant dans son sillage. Bien que courageuse cette tentative était une folie, durant la nuit on entendait la glace craquer et grincer, et au matin on trouvait le chenal refermé derrière les deux navires.

On travaille avec acharnement pour libérer l'Astrolabe
"Nous devions alors utiliser tous le moyens à notre disposition. Les hommes montaient et descendaient sur la glace pour amarrer des aussières aux glaces.. ceux qui étaient restés à bord se déhalaient dessus pour avancer péniblement, pendant que d'autres essayaient d'écarter les glaces avec des pics, des espars et des gaffes... A voir nos deux navires on aurait dit des écrevisses échouées par la marée sur une plage pleine de cailloux... et se débatant pour rejoindre la mer". Cela prit cinq jours pour libérer les deux navires du lac gelé. Durant les opérations de nombreux marins souffrirent d'engelures, y compris les trois chirurgiens. 
Ensuite ils atterrirent sur l'île de Wedell où ils chassèrent pour avoir de la viande fraiche, tuant et mangeant des manchots qu'ils comparèrent avantageusement à du poulet. Continuant vers l'Ouest les navires atteignirent les îles Shetland du Sud le 27 Février. Une ligne de terre fut observée s'étendant au Sud, Dumont D'Urville annexa ce territoire au nom du Roi et de la France, l'appelant Terre Louis-Philippe; la côte s'étendant vers l'Est étant nommée Terre de Joinville.

Les navires restèrent dans cette région jusqu'à début Mars. Ils relevèrent et cartographièrent la région Nord de ce qui est aujourd'hui appelé Terre de Graham. Le chirurgien de l'Astrolabe informa d'Urville que des marins montraient des symptômes de scorbut. Tenant ceci secret pour ne pas alarmer les autres membres de l'équipage, d'Urville se soumit au destin et commença un long et lent voyage vers le Chili. Le 27 Mars il y avait 21 cas confirmés de scorbut à bord de l'Astrolabe, et la Zélée ressemblait à un hôpital flottant. Le 1er Avril un membre de l'équipage, Lepreux, mourait. L'hydrographe, Vincendon-Dumoulin, et le second de l'Astrolabe, Delmas, furent atteints l'un et l'autre. Les deux navires atteignirent le port de Talcahuano, au Chili, le 6 Avril. Bien que l'épidémie ait été contenue sur l'Astrolabe, il y avait 38 cas de scorbut sur la Zélée. Dumont d'Urville avait trop demandé à ses hommes et neuf désertèrent à Talcahuano. D'autres, trop malades pour continuer furent laissés, pendant que d'Urville continuait vers Valparaiso. Ce fut là que d'Urville apprit que ses efforts et ses exploits étaient jugés comme un échec par ses détracteurs. Il faudra ensuite qu'il montre les relevés, les cartes et les échantillons géologiques qu'il a obtenus pour que ceux-ci reviennent sur leur jugement.

Entre Mai 1838 et Octobre 1839 d'Urville conduit l'Astrolabe et la Zélée dans une exploration aventureuse à travers l'immensité de l'Océan Pacifique. Le scorbut enduré dans les eaux australes est maintenant remplacé par les fièvres et la dysentrie qui coûtent la vie à 14 hommes et officiers durant ce voyage. Six autres meurent à Hobart en Tasmanie, qui est le point de départ de la troisième tentative pour atteindre le continent Antarctique.

Le 2 Janvier 1840 les navires appareillent. En une semaine les chirurgiens rapportent 16 hommes malades du mal de mer à cause du roulis constant. Le 18 Janvier ils traversent le 64ème parallèle. A 6 heures le lendemain-matin les vigies comptent une demi-douzaine de grands icebergs à proximité. A 6 heures du soir ils étaient entourés d'au moins 59. 
L'Hydrographe Clément Adrien Vincendon-Dumoulin, montait dans le gréement de l'Astrolabe et signalait "l'apparence d'une terre". L'espoir d'une terre à proximité stimule les esprits de chacun à bord. A 9 heures du soir le soleil était encore au dessus de l'horizon et à 22 heures 50 d'Urville écrit que le soleil disparaissait "et révelait le contour élevé d'une terre dans toute sa précision. Chacun se rassemble sur le pont pour profiter du magnifique spectacle".
Le 20 Janvier d'Urville écrit "... la terre s'élevait devant nous; on pouvait distinguer ses détails... Malheureusement un calme constant nous empèchait de l'approcher pour la reconnaitre avec certitude. Cependant la joie règnait à bord; dorénavant le succès de notre entreprise était assuré". Malgrè la faible brise, à la mi-journée suivante ils étaient à moins de quatre milles de la terre. Ne voyant aucun endroit sûr pour débarquer, ils mirent cap à l'Ouest, suivant la côte, jusqu'à 6 heures où une embarcation fut mise à l'eau pour permettre à Dumoulin de prendre des relevés depuis un des icebergs.
Une autre embarcation fut mise à l'eau de la Zélée et vers 21 heures les deux bateaux atteignaient un îlot juste à quelques centaines de mètres de la côte. Les officiers et les hommes se précipitèrent à terre, bousculant les manchots, et plantèrent un drapeau en annexant la terre au nom de la France. Les hommes entreprirent alors d'explorer l'île, à la recherche de trace de vie.   Il ne trouvèrent malheureusement rien d'autre que quelques fragments de granit, ce qui était assez pour prouver qu'ils avaient débarqué sur de la terre ferme et non sur un iceberg. Relatant le débarquement et le départ, l'officier Joseph-Fidéle-Eugéne Dobouzet écrit : "... Nous saluames notre découverte par un hourah général...! Les échos de ces régions silencieuses, dérangés pour la première fois par des voix humaines répétèrent nos cris et retombèrent ensuite dans leur silence habituel. Les embarcations retournèrent à leur navire et Dumont d'Urville baptisa rapidement la terre Terre Adélie, du nom de son épouse. L'étendue d'eau le long de ces côtes est maintenant connue comme Mer Dumont d'Urville.
 

Prise de possesion de la Terre Adélie 
Statue de Dumont d'Urville à Condé-sur-Noireau (Calvados)
carte postale collection Broudin
 
Presque immédiatement le temps changea brutalement, la température descendant en dessous de zéro et des tourbillons de neige entourant les navires. Dans la confusion l'Astrolabe perdit le contact avec la Zélée, créant, de la part de l'équipage, une peur intense d'être drossé sur un iceberg ou de se retrouver sur le pack lui-même. L'Astrolabe lutttait dans une mer avec des vagues couvrant le pont, la faisant tosser si durement que la batterie basse était presque entièrement couverte par la mer. Le 29 Janvier les navires voguaient rapidement vers le Sud-Ouest avec seulement quelques icebergs en vue. Un peu après 16 heures, à la surprise de la vigie, un navire était en vue approchant rapidement. Ce vaisseau cinglant vers l'Ouest était le Porpoise, un navire américain de l'Expédition d'Exploration Américaine commandée par Charles Wilkes. Aucun signal ni salut ne furent échangés. Le Porpoise naviguait rapidement vers l'Ouest pendant que l'Astrolabe se dirigeait au Nord.

Dumont d'Urville passa encore huit mois à explorer les mers du Sud. Il retourna à Hobart, visita la Nouvelle Zélande, alla vers le Nord en Nouvelle Guinée et à Timor, au Nord encore vers l'île de Sainte-Hélène et le 6 Novembre 1840 les deux navires entraient dans le port de Toulon. Ils avaient été absents trois ans et deux mois.

A son arrivée, d'Urville fut promu au rang de Contre Amiral. La Société Géographique lui accorda sa plus haute distinction, la Médaille d'Or. Jacquinot et Dumoulin furent aussi promus. Le gouvernement Français était si satisfait des résultats qu'ils partagèrent 15,000 francs or entre les 130 survivants de l'expédition.

Dumont d'Urville devait mourir en 1842, avec sa femme et son fils de 14 ans dans un des premiers accidents de Chemin de Fer en se rendant à la fête du roi à Versailles.
 

L'accident fatal du 8 Mai 1842 
Statue de Dumont d'Urville à Condé-sur-Noireau (Calvados)
carte postale collection Broudin
 

Confirmation de contact Radioamateur avec la base Dumont d'Urville

En Anglais:

Traduit par Yves Duflot d'après Gary Pierson - Décembre 1997